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Cher Vincent,
Tes chansons accordent le bénéfice du doute à la mesure, ainsi même lorsque tu nous décris l’univers de Martin Parr, ses couleurs perdent en saturation, « caissières, pack de bières, ventres à l’air » sonnent dans ta voix comme les pages gondolés d’un herbier fragile.
Tu n’as pas le goût anglais de l’obscène hurlant. Pourtant, il me semble, tu ne crains pas le quotidien, le familier, la somme grossière des petites histoires qui capturent nos vies. Mais tu as le don de nous inviter toujours à un « retournement », comme si tu portais un gêne d’irréalité, qui transmue en beauté le matériau brut de la vie.
La lucidité et l’humour ne sont pas toujours des armes suffisantes, il faut d’autres atouts pour rendre audible l’appel de la grâce dans un monde dominé par le grotesque. Là encore, je te trouve bien anglais, les écrivains anglais, les femmes surtout, partagent ce secret là.
« 78 543 habitants » est aussi tremblant et scrupuleux que du Virginia Woolf : « dans les yeux des filles des cabines, je suis très vieux, je suis très blanc » dit tellement bien, je trouve, ton sens de la collaboration, et combien tu te donnes la peine de te faire comprendre exactement, tout en nous offrant autre chose qu’un simple rapport, qu’une simple déposition.
Christophe Honoré
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